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Lutte biologique par gestion et conservation des habitats Domaine Léon Barral

- Approche "Top down" : Actions qui favorisent les auxiliaires

régulation descendante, qui vise à favoriser les ennemis naturels des ravageurs par la mise en place d’infrastructures agroécologiques dans le but de diversifier leurs habitats et les ressources disponibles.

  • Implantation d'infrastructures agroécologiques multi-espèces

En plus de 30 ha de prairies extensives, 40 ha de bois et de bosquets, 800 ml de ruisseau traversant le vignoble, Didier et Jean-Luc ont investi dans l’implantation de haies multi-espèces dès 2012.

La délimitation des vignes par des haies lorsqu’elles n’étaient plus présentes a plusieurs rôles : elles permettent de lutter contre l’érosion des sols, protéger la biodiversité et la zone de captage en eau potable (purification et stockage), stocker du carbone et protéger la biodiversité était en cohérence avec la mise en place d’un système en polyculture-élevage bio, qui s’appuie sur la diversité animale et végétale.

Didier et son frère ont donc investi dans l’acquisition de 8000 plants d’arbres qu’ils ont plantés sur leurs parcelles, pour reconstituer un maillage disparu avec une fonction anti-érosive et en faveur de la biodiversité fonctionnelle.

Le projet a bénéficié d’un financement conjoint de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et du fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) à hauteur de 70% de l’investissement. Le coût total s’est élevé à 80 000€ : c’est un investissement conséquent, qui s'explique par le choix des espèces, et Didier est confiant quand à la durabilité du système.

Une fois de plus, ils ont misé sur la diversité, en faisant le choix, avec l’aide du Conservatoire d’Espèces Naturels, d’implanter près d’une trentaine de variétés d’arbres, parmi eux des fruitiers et des oliviers notamment pour leur consommation personnelle (« Il faut bien penser un peu à soi ! »).

 

ZOOM : HAIES MULTI-ESPÈCES

Une trentaine d’espèces d’arbres ont été choisies par Didier à l’aide du Conservatoire d’Espaces Naturels : Bupleurum fructicosum, Romarin, Argousier, Eglantier, Micocoulier de Provence, Cormier, Cornouiller sanguin, Nerprun alterne, Pistachier, Amélanchier des bois, Alisier blanc, Camerisier à balais, Cognassier, Poirier sauvage, Cerisier Ste-Lucie, Arbre aux faisans (Leycesteria formosa), Grenadier, Noisetier, Tilleul, Arbre aux papillons (Buddleia), Sureau, Acacia, ainsi que des pommiers (5 variétés), poiriers (4 variétés), pêchers, abricotiers, cerisiers, pruniers, et oliviers.

Prix unitaire des jeunes arbres (à titre indicatif): de 0,90 à 13,50 euros (fruitiers)

 

L’implantation des arbres dans certaines haies a été réalisée en quinconce et sur 2 rangs afin de favoriser le développement de chaque essence, la circulation de l’air et le rôle de corridor écologique et de protection des animaux de l’exploitation.

Certaines haies ont un rôle brise-vent et anti-érosif. Elles ont été mises en place soit au Nord des parcelles (protection de la Tramontane et prévention de l’érosion) soit sur les secteurs Sud-Est des parcelles (protection du Marin).

Elles vont permettre également de ralentir la propagation des maladies (en cassant la monoculture de vigne) et de favoriser le terrain de chasse des chauve-souris, prédatrices du ver de la grappe ou tordeuse. En effet, celles-ci qui localisent leurs proies en émettant des ultra-sons, ont besoin d'obstacles physiques pour que leurs cris se répercutent et reviennent à leurs oreilles (écholocalisation), et c'est en cela que des arbres au plus près des parcelles leur sont nécessaires pour chasser. Un spécialiste des chiroptères a conseillé à Didier d'incorporer des tilleuls pour relocaliser leur zone de chasse dans ses parcelles, et Didier a en plus en plus installé des gîtes à chauve-souris, construits par un ami, pour qu’elles trouvent refuge tout près des vignes. Ainsi, il a observé que le ver de grappe causait davantage de dégâts sur les parcelles de vignes sans arbres, que sur les parcelles arborées.

 

  Conseil:

Pour l’implantation d’IAE, telles des haies, l’aménagement et le choix des espèces doivent être réfléchis en amont, et leurs fonctionnalités envisagées sur le long terme. L’investissement est conséquent, mais les aides sont possibles, qu’elles soient financières ou pratiques : les haies du Domaine Léon Barral ont été plantées en collaboration avec la Fédération de Chasse, les écologistes de l'Euzière, le Conservatoire des Espaces Naturels, la Chambre d'Agriculture et le réseau Agrifaune.

Le Rallic-Maho O, Solagro. Nichoirs à chauve-souris, dans les haies en bordure de parcelle  

 

  • Corridors écologiques et mosaïque d'habitats semi-naturels

Didier veille à reconnecter les éléments semi-naturels présents sur son exploitation conscients de leurs intérêts majeurs quant à la préservation de la faune et la flore locale mais également pour la préservation de la qualité de ses sols et celle des paysages. En effet, le domaine est situé dans un réseau de sous-bois, chênaies, prairies, vignes ainsi que de fossés et cours d'eau permanents et temporaires.

La mosaïque d'habitats et leur connexion attire ainsi une diversité d'invertébrés, d'oiseaux et amphibiens contribuant ainsi à la mise en place et au maintien de réseaux trophiques importants, d'autant plus important dans un contexte de changement climatique, offrant ainsi une diversité de gîtes et de ressources à proximité des vignes.

Gibert C, Solagro. Linéaires de haies, cours d'eau et fossés du Domaine Léon Barral en 2015 (Cabrerolles, 34).

 

- Approche "bottom-up" : Actions qui défavorisent les ravageurs

Il s'agit d'une régulation ascendante, induite par la modification des pratiques agricoles dans la parcelle.

  • Enherbement permanent de la vigne

La mise en place de l’enherbement permanent de la vigne a été pensé conjointement à l’arrêt du labour croisé ou multi-directionnel, afin de préserver les sols de l’érosion et du phénomène de ravinement d’une part (étant donné que les vignes sont situées sur les coteaux schisteux) et également dans le but d’améliorer la perméabilité des sols.

Pendant 3-4 ans, la vigne a dû s’adapter à cette concurrence ainsi qu’à la modification de la structure et de la composition biologique du sol. En effet, la période de transition s’explique par le remplacement du décompactage mécanique par un décompactage biologique, induit par l’activité biologique croissante des micro et macro-organismes du sol (bactéries, champignons, vers de terre…) avec un développement plutôt exponentiel imposant une période de latence au départ du fait de la recolonisation lente des parcelles par la macrofaune notamment.

L’enherbement spontané a une forte incidence sur la diversité d’auxiliaires présents et est riche en espèces végétales également. Selon Didier, les araignées présentes, les chrysopes, les guêpes (notamment les guêpes du genre Ammophila, guêpes fouisseuses, qui creusent des terriers dans des zones sablonneuses) ont un réel effet sur le ver de grappe, bien que les chauves-souris restent selon Didier les meilleures alliées.

Conseil de Didier Barral :

"Commencer par mettre en place l'enherbement un rang sur deux, en alternance. Quand la vigne s’habitue à la concurrence, on peut installer totalement l’herbe.

D’autre part, pour limiter la concurrence pour l’eau, mettre en place le BRF, qui garde l’humidité au sol. Selon moi, l’herbe entre en concurrence avec la vigne quand le système racinaire de la vigne se développe en surface, à cause d’un sol trop compacté. J'estime que pour un sol compacté il faudra sans doute 10 années avant de parvenir à s’équilibrer, tandis qu’il ne faudra peut-être que 3 à 5 ans quand la vigne est déjà bien enracinée dès le départ.

Les 3-4 premières années, l’enherbement fait chuter de 20 à 50% le rendement : c’est une période très délicate et compliquée, d’autant plus que les sécheresses plus fréquentes accentuent la concurrence. D’où l’importance de le faire progressivement et en apportant le BRF."

"Il faut donner un peu plus à manger au sol, parce qu’il y a plus de personnes qui sont à table."

Le Rallic-Maho O, Solagro. Bovins dans les vignes enherbées, et héron garde-boeuf.

 

  • Agro-pastoralisme

Pour Didier, l’introduction d’animaux dans le système est complémentaire à la culture de la vigne, car ils ont une fonction dans la fertilisation des sols, la maîtrise de l’enherbement et dans le maintien de la biodiversité.

La diversité a été pensée au niveau de l’exploitation, mais aussi au niveau du cheptel. Ainsi il y a mixité des élevages (bovin, monogastrique et équin) et mixité des races rustiques dans le troupeau bovins (Aurochs, Camarguaise, Hongrois, Jersey, Salers, Tarentaise…)

 

Les animaux, nourris quasi exclusivement à l’herbe, et présents dans les vignes de fin novembre à au débourrement de la vigne (en avril), ont plusieurs rôles :

- apporter de la fumure par les déjections

- maîtriser l’enherbement de l’inter-rang et du rang

- pré-tailler les ceps de vignes dans la partie haute des sarments

- augmenter la présence de vers de terre

En effet, les vers de terre sont plus nombreux en présence des animaux (il a déjà pu compter 27 vers de terre dans une bouse !), car les déjections animales favorisent la présence et la reproduction des vers de terre, qui contribuent à l’aération et à la fertilité du sol.

Il en résulte par ailleurs que les populations d’oiseaux, prédatrices de nombreux invertébrés, sont de plus en plus présentes. Ces oiseaux viennent se nourrir des vers présents dans les bouses de vaches, les animaux élevés sont réellement attractifs pour les oiseaux. En effet, lors d’une visite en février 2018, nous avons pu observer de nombreuses bergeronnettes profitant des vers hébergés par les déjections animales, ainsi que de l’ombre que leur procurent les bêtes. Des hérons garde-bœufs, une perdrix rouge, un pic et de nombreux passereaux étaient également au rendez-vous ce matin-là.

En été les animaux pâturent les 30 ha de prairies extensives, et Didier et Jean-Luc les font également pâturer dans les friches viticoles et les sous-bois, afin de valoriser ces espaces et les convertir en prairies permanentes à termes. Le Rallic-Maho O, Solagro. Héron garde-bœufs (Bubulcus ibis)

 

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